Sciences et techniques : jamais autant mises en cause, plus que jamais indispensables

Sciences et techniques : jamais autant mises en cause, plus que jamais indispensables

Alors que les sciences sont régulièrement au cœur des débats sociétaux, on en vient à oublier rapidement qu’elles constituent une extraordinaire source de solutions et de progrès pour l’Humanité, dont les politiques devraient pleinement s’inspirer.

Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre’ (Marie-Curie). Un dialogue intelligible entre les citoyens et les scientifiques est essentiel pour faire avancer nos sociétés et nos politiques.

La France est cas particulier. Si notre pays est capable de prouesses techniques et technologiques, les scientifiques ne sont plus vraiment consultés lors de l’élaboration des politiques publiques. De plus en France, les sociétés savantes scientifiques ne constituent pas réellement un lobby, contrairement à ce qu’il peut en être chez nos voisins d’outre-manche ou encore aux Etats-Unis. Un constat déconcertant, commenté ainsi par Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité : « au-delà de l’identification des solutions, les scientifiques devraient être sollicités par les décideurs pour accompagner leur mise en œuvre et évaluer leur efficacité ».

Pour une plus grande implication des experts dans les prises de décision politiques

Il est crucial que nos représentants politiques acceptent l’idée que l’appréhension de certains sujets nécessite le questionnement des savoirs scientifiques et qu’elle ne peut pas uniquement se baser sur un opportunisme politique et sociétale. Si l’Homme se pose la question de l’implication des experts dans les prises de décision de la Cité depuis la Grèce Antique, cette idée séduit aujourd’hui un nombre croissant de pays. En l’espace d’une décennie, l’Italie, la Grèce, la Bulgarie, la Tunisie, la Roumanie et plus récemment le Maroc ont fait le choix de constituer des gouvernements formés de technocrates[1]. En France, 67% des Français estiment qu’il faudrait que la direction du pays soit confiée à des experts non élus[2]. Un choix radical, qui témoigne de la volonté des peuples que les sciences soient davantage entendues lors de l’élaboration des politiques publiques.

Le changement climatique : un cas typique d’action commune

Aujourd’hui, si l’on essaye de trouver des exemples de travaux scientifiques qui ont pu influencer directement et profondément les politiques menées par les gouvernements, seul l’exemple du réchauffement climatique vient à l’esprit. Après des années d’inaction politique, et suite au bilan décevant du sommet de Copenhague en 2009, les dirigeants se sont pour la première fois emparés du sujet, pour ne plus jamais s’en dessaisir. Depuis lors, les Etats se sont engagés dans des campagnes de lutte contre le dérèglement climatique ; un sujet désormais véritablement politique. Mais pourquoi le climat reste-il le seul domaine préempté par les politiques ? Selon Brice Lalonde, ancien ministre de l’environnement, ce serait notamment dû à l’effort de synthèse des chercheurs. Ils ont su chiffrer, donner des objectifs précis et les méthodes pour y parvenir, et ils ont également su communiquer de manière intelligible et maligne, s’appuyant sur un solide réseau de porte-paroles.

En conclusion, et comme nous avons pu l’évoquer dans de précédents articles, les scientifiques peuvent parfois se retrouver en marge de la société, alimentant certaines difficultés de compréhension avec un public moins critique mais pourtant suspicieux. Les politiques quant à eux n’ont parfois pas connaissance de la richesse scientifique et technique de laquelle ils pourraient tirer inspiration et visions. Nos sociétés ont donc tout à gagner à ce que scientifiques, public et politiques s’écoutent et se nourrissent mutuellement pour faire émerger des projets de société pertinents, solides et durables.

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